lundi 3 février 2014

Des blogueurs de la région des Grands Lacs se rencontrent à Bujumbura



COMMUNIQUÉ DE PRESSE


Bujumbura, 28 janvier 2014 (RNW) – La rédaction Afrique deRadio Netherlands Worldwide organise, du 13 au 15 février 2014 à Bujumbura (Burundi), la conférence dénommée #BloGlacs. Elle réunira
des blogueurs (et des curieux du blogging) de la région des Grands Lacs.

Les sessions se dérouleront au King’s Conference Center (KCC) de Bujumbura et les thèmes discutés seront relatifs à la sécurité sur internet, la liberté d’expression et les techniques de publication en ligne.
 
L’idée est de créer un lien, un pont entre de jeunes talentueux, désirant raconter leur région et résidant
au Burundi, au Rwanda et en République démocratique du Congo, pour partager et réfléchir sur la
problématique de la liberté d’expression dans cette partie du continent.

De courts ateliers aéreront le déroulement de la conférence afin de renforcer les capacités des
blogueurs sur des aspects cités plus haut et éventuellement sur leurs besoins spécifiques. Les
animateurs de ces ateliers privilégieront une approche pragmatique répondant aux besoins réels des
blogueurs.

La rédaction Afrique de RNW organise cette conférence dans le but de :
• Créer un cadre de réflexion et d’échanges entre blogueurs de la région des Grands Lacs en
vue de faciliter leurs partages d’expérience sur la problématique de la liberté d’expression
• Renforcer les capacités des blogueurs sur les techniques d’écriture web et autour des
questions de sécurité sur internet
• Impulser la création d’un réseau de jeunes blogueurs motivés et talentueux dans la région des
Grands Lacs
• Encourager les jeunes de cette région à prendre la parole et s’exprimer via les outils disponibles sur le web.
Fin

Note aux journalistes :
Pour plus de renseignements sur la conférence, des interviews, photos, etc., veuillez contacter
Yves Zihindula. T : +257-71-103-165 M : yves.zihindula@rnw.org
À propos de RNW
La Rédaction Afrique de RNW produit des articles de fond, des reportages, des analyses, des
programmes radios, des blogs, des dessins et des vidéos pour stimuler la liberté d’expression.
Elle s’ adresse aux jeunes de 15-35 ans et s’intéresse aux droits de l’homme, la démocratie et la
santé sexuelle. Pour plus de détails visiter www.rnw.nl/afrique . Sur Facebook : RNWAfrique

UPRONA : l’heure de vérité



Quand le Ministre de l’Intérieur a décidé de destituer Charles Nditije de l’UPRONA, les observateurs ont pensé que le gouvernement du CNDD-FDD sciait la branche sur laquelle il était assis. Quand le Décret est sorti pour annoncer la destitution du premier Vice-président Bernard Busokoza, nous avons compris que l’UPRONA n’était plus désirable comme partenaire au gouvernement.
C’est le moment, pour l’UPRONA, de clarifier sa position. L’UPRONA a toujours été un « pied  dedans un pied dehors», une position inconfortable qui a souvent  provoqué des malentendus chez ses sympathisants. 

Avec les projets phares du gouvernement actuel (révision de la Constitution, loi sur la CNTB…), les points de vue de l’UPRONA montrent que ce parti est ouvertement dans l’opposition. C’est donc le moment de se comporter comme tel et de faire un front commun avec les autres partis de l’opposition pour qu’en 2015 ils partent ensemble aux élections avec plus de forces. 

Le grand danger pour la politique burundaise d’aujourd’hui, c’est le retour au monopartisme qui est déjà en marche. Il convient de rappeler que les partis de l’opposition réunis dans l’ADC Ikibiri ont contribué à ouvrir une brèche à ce monopartisme en  boycottant les élections de 2010. Et qui dit monopartisme dit exclusion, qui est la source de beaucoup de maux qu’a connu notre pays. Il faut à tout prix éviter ce retour en arrière.  Tout ça dépendra du courage des partis de l’opposition qui devront dépasser leurs luttes d’ego, mettre leurs énergies en commun  pour gagner un nombre  important de postes électifs, desquels dépendra l’équilibre des forces politiques.

dimanche 2 février 2014

Les conséquences politiques de la destitution de Busokoza

par Thierry Uwamahoro
L’homme était discret. Dans ce monde dominé par de medias audio, vidéo, sociaux, et virtuels en propagation, l’absence ou presque de la voix de l’ancien vice-président Bernard Busokoza dans les débats houleux ou sur des sujets brulants d’actualité aurait pu être erronément conçue de complicité avec le camp adverse. Ce n’est qu’en lisant les motivations derrière sa destitution que l’on comprend l’œuvre de cette homme d’affaire réussi, devenu politicien. Loin des medias, il résistait. Il est à parier que l’assurance et la fermeté avec lesquelles s’exprimait dernièrement le président du parti Uprona, Mr. Charles Nditije, doivent avoir été inspirées par l’assurance que l’occupant du fauteuil premier-vice-présidentiel se battait entièrement pour les mêmes causes.

Il résistait discrètement. Publiquement, il n’apparaissait pas très en contradiction avec la ligne du gouvernement Nkurunziza. Il fallait trouver (créer) une occasion et une «faute» publiques pour limoger le vice-président Busokoza. Il semble que le tour avait été bien joué et la nomination de Bonaventure Niyoyankana à la tête de l’Uprona était le dernier acte de provocation pour amener le major à réagir publiquement. Le camp Nkurunziza savait surement que l’homme qu’ils avaient eu à côtoyer depuis le 16 Octobre 2013 n’était pas de nature à ne pas réagir devant une provocation et humiliation directes présentées en violation flagrante de la loi. Aussitôt réagi, aussitôt limogé.  Cette destitution aura des conséquences, qui une fois mal gérées, peuvent retourner le Burundi dans ses heures les plus ténèbres. Explorons certaines d’entre elles, selon leur degré de gravissime croissant.
Si le but ultime des machinations observées ces derniers jours ne visait que la destitution de Busokoza, le camp Nkurunziza peut passer au desamorcement de la crise dans les prochaines heures. Il peut renouer le dialogue avec le camp Nditije pour négocier un nouvel occupant légitime de la première vice-présidence. Le camp Nkurunziza aura son nouveau premier vice-président et Nditije recouvrira la présidence de l’Uprona (du moins il sera reconnu comme tel par Le ministre de l’intérieur). D’ailleurs, la destitution de Busokoza n’a pas annulé son dernier arrêté qui annulait la décision du ministre de l’intérieur. Ce scenario est le moins couteux en temps, énergies, et en vies humaines.

Il est aussi possible que les deux camps cramponnent sur leurs positions respectives. Le camp Nkurunziza-Nduwimana maintient que le président légal de l’Uprona est Bonaventure Niyoyankana et sollicite que celui-ci propose (des élus du peuple) un candidat premier-vice-présidentiable. Réinstallé dans son bureau de Kumugumya, gardé par une armada policière la main sur la gâchette,  Niyoyankana propose des noms, le président Nkurunziza passe à la nomination, le président de l’Assemblée Nationale convoque les parlementaires dans une session extraordinaire, les parlementaires du Cndd-Fdd -- remplissant le quorum et ayant les votes constitutionnellement requises -- votent la main haute le nouveau premier vice-président Tutsi de l’Uprona, celui-ci est investi, et voilà le jeu légal se boucle. Il faut noter qu’avant d’arriver là, l’Uprona de Nditije aura déjà retiré tous ses ministres et autres hauts cadres des institutions de l’Etat. Le président Nkurunziza nommera un nouveau gouvernement avec des ministres Upronistes du camp Niyoyankana.
La réaction du camp Nditije sera déterminante pour la suite des évènements.

L’Uprona peut décider de s’allier avec toutes les autres forces de la nation qui se sentent aujourd’hui lésées, violentées, et frustrées pour enclencher un mouvement de résistance non-violent de grande envergure. Les alliés ne manqueront pas surtout que les composantes de la société burundaise qui ont une dent contre le ministre Nduwimana et la justice du régime Nkurunziza ne se multiplient que du jour au lendemain. Pour ne citer que quelques-uns, le très populaire leader historique du FNL, Agathon Rwasa, n’a plus de parti politique; l’ADC-Ikibiri comptent Hussein Radjabu et Frédéric Bamvuginyumvira (pour ne citer que deux individus parmi d’autres centaines de prisonniers politiques) derrière les murs de Mpimba; le supporters d’Isidore Rufyikiri ; les anciens commerçants du marché centrale de Bujumbura ; les femmes commerçantes brutalisées par la police; les activistes pour la justice sociale qui est contre la vie chère, etc. A y voir de près, il y a tout un monde qui n’attend qu’un élément déclencheur pour prendre la rue et dire que « trop, c’est trop ». Le parti de l’indépendance peut prendre le taureau par les cornes, coordonner les efforts avec toutes les autres forces de la nation, et rendre le pays ingouvernable pour le camp Nkurunziza à travers un mouvement d’envergure et non-violent. La politique, ce sont les rapports de force.

Si l’Uprona procède ainsi, la première réaction du camp Nkurunziza sera violente. Gaz lacrymogène, tabac, emprisonnements, etc. Certains leaders de ce mouvement national pourraient perdre leurs vies. Mais la réussite dépendra de la ténacité, de la discipline, de la détermination, et du leadership de ce mouvement. Il faudra se préparer pour une longue lutte non-violente. Si le mouvement tient, le camp Nkurunziza devra négocier. Premier point : le départ de Mr. Edouard Nduwimana.

Le scenario qui fait plus peur et le plus extrême est celle où l’Uprona résiste seul. Sans coalition avec d’autres partis perçus comme non-Tutsi. Le camp Nkurunziza pourrait rapidement transformer cette crise actuelle en conflit ouvert Hutu-Tutsi (les tensions commençaient à remonter déjà). Les nommés Tutsi proposés par Niyoyankana ne seront considérés que comme des traitres qui ne représentent que leurs embonpoints.  

Ce scenario représente une rupture totale de l’Accord d’Arusha. Les Tutsis ne se sentant plus représentés dans les institutions penseront automatiquement à leur sécurité physique. Rappelez-vous, les situations conflictuelles dégénèrent très rapidement et irrationnellement dans nos grands-lacs africains. Indiscutablement, cet aspect emmènera l’armée dans la danse, les ex-FAB d’un côté, les ex-FDD de l’autre (déjà des rumeurs circulent que des militaires ont dû être calmés par des politiques la soirée du limogeage de Busokoza). Les conséquences seraient graves. Les militaires burundais ne s’entretueraient pas seulement en Somalie et en République Centre Africaine; le pire est que le Burundi lui-même connaitrait des violences pires que celles observées en Somalie ou en Centre Afrique.  La communauté internationale doit faire attention, ce n’est pas seulement le Burundi qui brulera. Ses intérêts sont exposés si le Burundi explose.

L’heure est grave. Nos leaders doivent mesurer leurs prochaines actions et réactions en conséquence. Si le Burundi renoue avec son esprit démoniaque violent d’un certain temps, il n’y aura rien d’honorant dans l’héritage  de Pierre Nkurunziza, le premier président post-Arusha qui aura engendré la rupture de cet accord de paix et de réconciliation nationale pour remplir de nouvelles fausses communes. Une voie de sortie honorable existe. Espérons qu’elle sera suivie.

samedi 1 février 2014

L’UPRONA mène-t-elle sa dernière bataille ?



Le plus vieux parti du Burundi, l’UPRONA, traverse une crise sans précédent. Ses efforts de réunification sont en train d’être sabotés par le ministre de l’Intérieur, qui a décidé de remettre ce parti dans les mains de Bonaventure Niyoyankana, l’ancien président du parti aujourd’hui tombé dans la disgrâce. 

Les dirigeants de l’UPRONA avaient souvent accepté les combines du ministre de l’Intérieur, quand elles étaient conformes à leurs intérêts. Aujourd’hui, les choses sont allées trop loin. L’UPRONA était le dernier parti qui n’avait pas connu ce phénomène de Nyakurisation –nouvelle version de « diviser pour régner » fabriquée par le CNDD-FDD et dont le Ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana est le grand artisan.

Le parti UPRONA était déjà divisé, mais les causes de ses divisions étaient jusqu'à présent intérieur. Il n’y avait pas de main extérieure. L’UPRONA est traversée d’abord par une crise idéologique. Etant donné que la Constitution issue des Accords d’Arusha confère entre les lignes à l’UPRONA un grand rôle dans la gestion du pays, en tant que parti à majorité tutsi, beaucoup d’upronistes se demandaient sur quelles bases leur parti devait collaborer avec le CNDD-FDD au pouvoir et dont la politique n’est pas toujours conforme aux attentes du parti de Rwagasore. Cette question idéologique restant longtemps irrésolue, beaucoup de personnalités qui ont été choisis pour représenter le parti dans les institutions ont souvent préféré mettre de coté leurs soucis idéologiques et ont préféré garder leurs postes  et ne pas faire beaucoup de bruits sur leurs divergences avec le CNDD-FDD.  C’est dans ce contexte qu’est né le Courant de Réhabilitation, qui considérait que ceux qui représentaient le parti dans les institutions l’avaient trahi. 

Avec la venue de Charles Nditije à la tête de l’UPRONA, celui-ci a commencé à exprimer avec toutes ses énergies ses divergences avec le CNDD-FDD, notamment concernant la nouvelle loi sur la CNTB, dont tous les amendements proposés par l’UPRONA ont été systématiquement rejeté par les députés de son partenaire au gouvernement. Charles Nditije a donc séduit le courant de réhabilitation qui a vu en lui un homme qui n’est pas prêt à sacrifier l’idéologie du parti. En même temps, Charles Nditije est devenu l’homme à abattre pour le CNDD-FDD, qui a du mal à digérer son inflexibilité.  Tous les moyens donc étaient bons pour faire sauter Charles Nditije de la présidence de l’UPRONA.
Ce qui est nouveau dans cette Nyakurisation, c’est qu’elle attaque un parti partenaire avec le CNDD-FDD au gouvernement. Les partis qui en ont souffert au paravent étaient ouvertement de l’opposition. Cette attaque contre l’UPRONA est un signe que le CNDD-FDD est prêt  à tout pour arriver à ses objectifs, y compris à casser ses « amis ». Un manque de loyauté dont l’UPRONA devra prendre acte, en quittant le gouvernement par exemple. 

Malheureusement, il y aura toujours des gens pour jouer le jeu du « diviser pour régner ». Il y a eu le Docteur Jean-Minani pour le FRODEBU, maintenant il y a Bonaventure Niyoyankana pour l’UPRONA. Je n’arrive pas a comprendre comment un homme comme Niyoyankana, ancien président du parti, accepte de jouer un jeu ouvertement destructeur pour son parti. 

L’UPRONA, parti qui a cherché l’indépendance du Burundi, et qui a fait à une époque la pluie et le beau temps, est parvenu à survivre politiquement à tous les tsunami, pour le meilleur et pour le pire. Mène-t-il sa dernière bataille ? S’il survit à cette crise, il aura démontré qu’il est encore un grand parti.