vendredi 14 juin 2013

Les Burundais cautionnent la corruption active!

Daly Ngarambe s’indigne du rapport des Burundais à la corruption :

« Les institutions financières internationales et l’ONU identifient deux formes de corruption : la corruption passive qui est celle de l’agent en fonction disposé à accepter un pot de vin en échange de ses services et la corruption active qui est celle de l’usager qui offre un avantage financier ou en nature pour être mieux servi. Et c’est la 2eme forme qui est citée dans tous les rapports comme la plus grave à nos économies du tiers-monde, c’est également la plus contagieuse mais malheureusement la moins combattue.


Pour ma part, j’estime que la corruption chez nous a un aspect plus grave qui la distingue des corruptions existantes partout ailleurs, y compris dans les pays occidentaux : NOUS CAUTIONNONS LA CORRUPTION ACTIVE !!! Nous arrivons même à l’encourager en la justifiant maladroitement qu’il n’y a pas d’autres moyens et que tout le monde fait ca. Avons-nous suivi la procédure normale pour obtenir notre carte d’identité ? Le permis de conduire, le passeport ? Quelle est notre réaction lorsqu’un proche nous parle de cet ami qui l’a aidé à décrocher son boulot, sans devoir passer le test de sélection ? Ca nous révolte pas, n’est-ce pas ? On pourrait même dire qu’on est fasciné par son habileté. Et apres on s’étonne que les choses aillent mal… »

De l’humanisme africain

Hier, un ami établi en Afrique du Sud a posté ce message sur sa page facebook :

« Les Caucasiens sont venus et se sont établis en Afrique sans visas, et sont devenus des Africains, mais un Africain en Europe sera toujours un Negre sans visa, illégal, même s'il est né là »!

Au début, j’étais confus par ce terme « caucasien », jusqu'à ce qu’on m’explique qu’il désigne les Blancs. L’affirmation n’est pas totalement exacte puisqu’il y a des gens d’origine africaine qui ont des visas, des passeports européens et qui jouissent de tous les droits dans les pays où ils se sont établis. Mais ceci dit, la discrimination que subissent les gens d’origine africaine en Europe est incontestable. Les Africains devraient être fiers de cette "humanité africaine" qui accueille même les Caucasiens et en font des citoyens africains sans tenir compte des mauvais traitements que subissent nos "frères" africains en Europe. Mais ca ne suffit pas. Nous (Africains) traitons sans doute mieux les minorités d'origine européenne, mais nous nous entretuons entre africains avec une cruauté sans précédent. Le jour où nous apprendrons à nous respecter entre nous, nous auront la légitimité de demander aux autres de nous traiter mieux. Supposons que les Européens soient nos ennemis, (ce qui n'est pas le cas puisque chaque homme est l'image de Dieu et que nous sommes tous appelés à nous aimer), comment pouvons-nous exiger que nos ennemis traient bien nos frères alors que nous, nous cherchons toutes sortes de prétextes pour les torturer et les assassiner ? Comment  condamner l'injustice que subissent nos frères en Occident alors que nous ne les traitons pas mieux chez nous?
Exigeons cette bienveillance, respect et dignité de l’Homme chez nous, et nous serons nous-mêmes respectés chez nous et ailleurs. 

Mon ami complète sa pensée par ce commentaire :

« Je crois que la femme à la tête de l'Union Africaine nous doit des explications en ce qui concerne les massacres journaliers des noirs par les noirs dans son pays d'origine! »

jeudi 13 juin 2013

Quelles priorités économiques: production agricole ou commerce international ?

A l’occasion du quatrième anniversaire du Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie, son président Alexis Sinduhije a rappelé que l’une des principales priorités de son mouvement est la lutte contre la pauvreté qui doit passer par la production agricole. Commentant le volet économique du projet politique   du MSD, Martine Ngabirano, économiste et directrice de Zera Action, pense, elle, que les priorités du Burundi sont  l'investissement et le commerce international :
Martine Ngabirano
« J'ai lu les différentes politiques préconisées sur les axes de l'économie. Pour moi, le MSD est centré sur la variable "investissement" du PIB. C'est une bonne chose en effet. Je dois dire que c'est très actuel comme mesures et réfléchies en guise de proaction. Donc, c'est très bien. J'ai deux notes: personnellement, je ne crois pas que c'est important de beaucoup investir dans l'agriculture. Il faut vraiment d'abord que les métiers et les services puissent vraiment s'assoir afin de revenir traiter l'agriculture industrielle. Ceci pour dire, c'est une brève présentation faite sur cette question par rapport aux efforts évidents de promouvoir l'investissement. De deux, l'interventionnisme dont peut faire le gouvernement du MSD devra être suivi de près: le danger est que justement, à plus long terme, les Burundais ne dépendent de cet interventionnisme. Par exemple, réglementer le système bancaire et le l'aider de différentes manières (je résume ce que j'ai lu) devrait rentrer dans la responsabilité de la BRB (donc dans sa politique monétaire) et non suivit par le gouvernement. Je pense que c'est très important que la BRB reprenne son rôle de banque centrale vraiment, avec un suivi des devises clair (comme on le dit dans cette politique) mais aussi comme la banque des banques (résoudre l'insolvabilité même des banques et favoriser les banques commerciales plutôt que les banques financières).
C'est toujours dangereux à long terme parce que chaque économie se relance ainsi mais très rapidement, les gens veulent investir. Bref! Moi, comme simple économiste, je dirais à chaque personne qui aime son pays et qui est en politique de travailler sérieusement la politique du commerce international: c'est la 3 émet observation que j'ai faite sur cette présentation des actions du MSD. Le Burundi dépend beaucoup de l'étranger, tant en matière de balance commerciale que de balance des paiements (càd les investissements qui sont en devise au Burundi) Mais, moi je pense que très bientôt la balance des paiements va s'améliorer puisque les Burundais ont tendance désormais à venir investir à la maison. Il est donc désormais important de décider si oui ou non, nous allons être un importateur net et ainsi, savoir d'où nous viendront les recettes. Alors, si le biais causé par les erreurs des prédécesseurs ne gâche pas tout, moi je dirais que les priorités économiques du Burundi sont macro économiquement parlant: l'investissement et le commerce international. La production agricole n'est pas pour ma part, une priorité qu'il faut essayer de rétablir: soit on essaiera de nous nourrir à notre faim ou alors, on arrête de produire pour nous, et se concentrer qu'aux cultures industrielles.
Ce que je pense sur l'agriculture en général, en ce qui touche le Burundi, ça sera tellement beaucoup plus simple pour nous de faire comme le Sénégal: cibler l'autosuffisance alimentaire, dans certaines cultures, comme les cultures vivrières, c'est tout. Puis, pour les cultures industrielles, il faut être l'Inde, un peu le cerveau de créations de nouvelles semences. J'ai lu l'an dernier une critique gastronomique sur le café burundais et j'ai la chance de connaître quelqu'un de l'ARFIC (la société qui a remplacé l'OCIBU), les conclusions sont les mêmes: le café du laboratoire est très excellent et très parfait. Il ne devrait pas être vendu à n'importe qui, je veux dire il est comparable au thé rwandais que boit la reine d'Angleterre. On devrait vendre notre café à de grands hôtels, bref, revoir la politique de commerce international. Moi, je pense que nous ne devons pas nous suffire dans toutes les cultures, en ce qui concerne l'agriculture. Cultivons ce qu'on peut, faisons en sorte que les investissements rentrent beaucoup chez nous (donc les devises) puis achetons le reste!»

En ce qui me concerne, je pense que les trois volets de l’économie (agriculture, investissements et commerce) se complètent et qu’ils sont tous à promouvoir pour aboutir à l’émancipation politique et économique de notre pays.

mardi 11 juin 2013

Alexis Sinduhije : « Nous devons déclarer la misère et la pauvreté hors-la-loi »

Extrait du Discours d’Alexis Sinduhije du 08 juin 2013, à l’ occasion du 4e anniversaire du MSD :

« La situation que nous vivons dans notre pays est alarmante. Au moment où les autres avancent, le Burundi recule, il ne semble pas avoir d’issue parce que chaque jour des centaines de milliers d’enfants dorment avec la douleur du ventre affamé. Parce que chaque jour des centaines de milliers de parents sont désespérés, terrassés d’impuissance face à la faim de leurs enfants. Parce que chaque jour l’injustice et les abus envers tout le monde et en particulier envers les plus pauvres s’intensifient. Parce qu’on échoue chaque jour à exploiter le potentiel immense dont la nature a doté notre beau pays. Parce qu’on ne prépare pas nos enfants pour les défis humains et matériels de demain. Parce que les maladies qui ne tuent plus ailleurs continuent de tuer chez nous. Parce que les inégalités s’accroissent de plus en plus, qu’une petite minorité de privilégiés s’arroge tout alors que la majorité est privée de tout. Parce que beaucoup de gens pleurent abondamment des larmes invisibles car coulant vers l’intérieur. Parce que la jeunesse est désespérée car sans emploi, sans avenir…

Nous considérons que la démocratie ne prospérera pas si nous n’avons que des élections une fois les 5 ans, des libertés garanties par la constitution et les traités internationaux, et des processus politiques inclusifs. Elle ne prospérera que si, à cela, nous ajoutons d’autres défis communs à la nation et qui doivent revêtir un caractère aussi urgent et vital à savoir l’élimination de la misère et de la pauvreté, la création des opportunités économiques dans notre société, l’accès pour tous aux biens culturels. En cela, nous sommes d’accord avec le 32e président des Etats-Unis d’Amérique, Franklin Delano Roosevelt, qui a tenté peu avant sa mort en fonctions d’inscrire une nouvelle charte des droits économiques dans les textes de son pays. Dans cette charte, il dit « Nous en sommes venus à la réalisation du fait qu’une véritable liberté individuelle ne peut pas exister sans une sécurité économique et une indépendance. Les hommes nécessiteux ne sont pas des hommes libres. Les gens qui ont faim et n’ont pas d’emploi sont le socle à partir duquel les dictatures sont formées. »

 Pour sortir les Barundi de la misère et de la pauvreté et leur assurer une liberté économique par  le droit, la fiscalité, la politique budgétaire et monétaire, nous pouvons et devons déclarer la misère et la pauvreté hors-la-loi. Plus concrètement, nous proposons comme pistes prioritaires l’agriculture car « Un pays qui a perdu son agriculture est un pays qui a perdu son âme », la création d’emplois pour les jeunes dans les campagnes et en ville et les infrastructures.


Durant ces 4 dernières années, le MSD a longuement travaillé sur tous ces sujets ainsi que tous les autres domaines de la vie nationale. Nos propositions sont contenues dans notre programme politique. Nous sommes donc prêts au débat et nous invitons particulièrement les médias à consacrer davantage de temps à ces questions et à nous appeler. »

Burundi de Nkurunziza : Quand un ‘taisez-vous’ coûte 2,6 milliards USD

Thierry Uwamahoro
Par Thierry Uwamahoro

La nouvelle loi « taisez-vous » sur la presse risque de couter le Burundi plus que la liberté de la presse. Cette dernière, elle, est effectivement sans prix. Mais à décortiquer les réactions qui ne cessent de tomber des partenaires du Burundi, on peut commencer à estimer la somme que la nouvelle loi « liberticide » coûtera au peuple burundais. Les calculs commencent par une bagatelle somme de quatre mille milliards de Fbu, soit 2,6 milliards de dollars américains.

Vous vous rappelez sans doute de cette glorieuse journée d’Octobre 2012. Team Burundi avait aligné ses meilleurs joueurs. Vers la fin du match, Gervais Rufyikiri dribla, puis passa la balle à Pacifique Nininahazwe – alors délégué général du FORSC – qui déclara que le Burundi était jusque-là un pays des libertés. Score final : 2,6 milliards de dollars pour l’équipe tricolore aux trois étoiles. Jubilations. Le deuxième vice-président – littéralement tambour battant – ne pouvait pas cacher sa satisfaction totale. Mais là, c’était à Genève, c’était en Octobre 2012…tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.  La réalité, elle, attendait jalousement à Bujumbura.

Il faudra seulement quelques semaines après Genève pour assister à des violations grossières des libertés et droits humains et un musèlement musclé de l’opposition politique. Un mois après, Pacifique Nininahazwe dans une interview accordée au site Burundi Magazine faisait l’évaluation suivante en ce qui est de la première leçon de Genève :
« Le monde nous observe. « Nous allons aider le Burundi avec des yeux ouverts ». Les principaux partenaires du Burundi ont insisté sur la résolution de quatre défis politiques parallèlement aux avancées en matière économique : la lutte contre l’impunité des auteurs des exécutions extrajudiciaires et de grandes malversations économiques, la garantie des libertés publiques, le dialogue politique inclusif en vue de la préparation des élections de 2015 et la mise en place consensuelle des mécanismes de justice transitionnelle. Toute la question est de savoir si cela a été bien compris par le gouvernement. Les récentes interdictions des réunions des partis de l’ADC Ikibiri m’inquiètent. Contrairement à une certaine communication, Genève n’a pas été une cagnotte à ramasser ni un chèque en blanc. »

Effectivement, les 2,6 milliards USD n’étaient pas un chèque en blanc, à l’exception peut-être des 2 millions promis par l’Iran (soit 0,07% de la somme totale). C’est ainsi que dans une récente interview accordée à l’agence de presse AFP, Tabu Abdallah Manirakiza, ministre des finances, affirmait que «rien n'a (encore) été débloqué…La crise est là, nous la vivons chaque jour ». Avons-nous un gouvernement de sourds ?  «Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre », dit-on.

Un proverbe anglais qui est souvent cité comme la « loi des trous » nous rappelle que « Quand on est au fond d'un trou, il faut arrêter de creuser ». Comme si notre gouvernement devrait tout faire pour assurer la paupérisation et une misère généralisée du peuple burundais ; du fond du trou, il creuse d’avantage et se met toute la communauté internationale au dos. Nkurunziza n’a pas été convaincant à son retour du Japon quand il rassurait l’opinion qu’il avait consulté la communauté internationale, en Europe, aux Etats-Unis, etc.  avant de promulguer cette loi anti-presse « taillée à la mesure du Burundi » (il doit y avoir un Burundi d’une taille bizarre enfouie dans le subconscient de Mr. Nkurunziza).  A moins que Nkurunziza ne parlait des comités du CNDD-FDD implantés en Europe et ailleurs, les déclarations des grands bailleurs du Burundi  -- la France, la Belgique, l’Union Européenne, les Nations Unies – regrettent ou rejettent en bloc cette nouvelle loi. 

Une particularité est à noter dans toutes les déclarations des bailleurs. Elles reviennent toutes sur une rupture de contrat par le gouvernement Nkurunziza : «cette loi n'est pas conforme aux standards internationaux auxquels le Burundi a adhéré, ni aux engagements mutuels pris à la conférence des bailleurs de Genève» selon l’Union Européenne;  «La France rappelle son attachement à l'importance du rôle des médias dans la gouvernance démocratique. Ce principe est inscrit dans le document-cadre signé par la France et le Burundi à l'occasion de la visite à Paris du président Nkurunziza en mars 2013», déclare le porte-parole du Quai d’Orsay avant d’ajouter « Nous appelons les autorités burundaises à respecter la liberté de la presse et les engagements pris lors de la conférence des partenaires du développement du Burundi à Genève.» ; et Didier Reynders Ban,  vice-premier ministre belge et ministre des affaires étrangères boucler la boucle en stressant, « le texte tel qu’adopté par le Parlement pose de très sérieuses restrictions à l’exercice du métier de journaliste au Burundi et n’apparaît pas en conformité avec les engagements que ce pays a pris en tant que signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politique ». Ban Ki Moon a fait les mêmes remarques. Ainsi se façonne un Etat paria.

Au revoir 2,6 milliards de dollars Américains !
Et c’est ici où le bât blesse. Une journée après l’adoption de la loi controversée sur la presse, le représentant du Programme Alimentaire Mondiale à Bujumbura tirait la sonnette d’alarme sur l’indice de la faim extrêmement alarmant au Burundi, le 2eme pays le plus faim du monde avec une indice moyenne de malnutrition chronique pour les enfants de moins de 5 ans de 58% et qui va jusqu’à 71% dans certains provinces (ce point ne peut pas être accentué suffisamment -- 8 ans après le régime Nkurunziza, 71% des enfants de moins de 5 ans souffrent d’une malnutrition chronique). Ceci pour ne citer qu’un seul indice de la misère au Burundi. C’est dans un tel contexte que Nkurunziza trouve une certaine « taille »  du Burundi qui justifie mettre à feu 2,6 milliards de dollars, soit 4,875,000 Fbu par tête ou environ 25 million de Fbu par famille burundaise. Voilà le coût de la loi liberticide signée Nkurunziza.


Mr. le Président, il se pourrait que ce ne sont pas tous les burundais qui comprennent ce que signifie les mots ‘liberté de la presse’, mais chaque burundais comprendra ce que signifie quatre millions-huit-cent soixante-quinze-mille Francs Burundais qu’ il a perdu juste pour que vous puissiez dire ziba (taisez-vous) à la presse. Vous, quoi qu’il arrive, vous aurez toujours votre cortège, vos maisons luxueuses, vos hélicoptères, vos champs larges d’ananas, vos stades, etc. Le manque à gagner sera absorbé par nous autres qui devons regarder aux yeux 71% de nos enfants qui ont faim et leur dire qu’il n’y aura rien à manger cette soirée non plus. Nous nous rappellerons en 2015. 

lundi 10 juin 2013

Agathon Rwasa, seul candidat fort de l'opposition capable de peser en 2015?

Agathon Rwasa. Photo:MartinaBacigalupo/BINUB
Un lecteur, réagissant au billet de Thierry Uwamahoro sur une possible victoire de l’opposition en 2015, pense que Agathon Rwasa est le seul candidat capable de rivaliser avec le CNDD-FDD en 2015 :

« Thierry Uwamahoro, je partage quelques points de ton analyse, notamment la nécessité de signaler qu' un ADC fort, ça donnerait une belle image démocratique de notre pays...mais cependant, je reste sur ma soif surtout quand tu relates les points forts de Nkurunziza Pierre; tu oublies un point crucial : sa base populaire à l'intérieur du pays, loin des médias et de l'internet. Qu'on le veuille ou pas, qu'on l'évoque ou pas, cet homme détient une popularité déconcertante dans le Burundi profond. Celle-ci combinée à la manne financière et sa logistique au sein du parti, je ne vois pas comment un Nyangoma, Sinduhije, Léonce, peut faire la différence. A moindre mesure, je miserais sur Rwasa Agathon.
 Ceci étant, ma plus grande inquiétude reste ce fameux projet de société que l'ADC, si elle veut gagner en 2015, doit essayer de concocter. En effet, depuis quelques années, les élections ne se gagnent jamais sur un projet de société, plutôt sur la capacité à mobiliser la masse, en leur promettant le rêve, le paradis et en jouant sur les douleurs du passé. L'homme réaliste ne gouvernera pas aussi tôt le Burundi. L'ultime preuve de mon pessimisme vient surtout du manque de charisme de ces personnalités de l'ADC Ikibiri, ce sont des ego sur-dimensionnés, qui peuvent tenir le temps d'une élection avant d'éclater en milles morceaux...Rappelons- nous que Rwasa a dénoncé la gouvernace de l'ADC par Léonce.

Personnellement et en toute objectivité, je pense que le seul candidat fort de l'opposition et capable de peser en 2015, est Rwasa Agathon, c'est lui qui détient une assise populaire non négligeable et de surcroît, la probable clé de l 'alternance... Bref, à l'état actuel, rien ne prouve que l'opposition peut faire mieux que le pouvoir en place. L'histoire est un perpétuel recommencement, dit-on ».

L'ADC Ikibiri présentera un seul candidat présidentiable en 2015

Thierry Uwamahoro
Par Thierry Uwamahoro.

L’actualité burundaise est dernièrement dominée par des sujets chaudement inflammables – la CNTB et l’expulsion injuste de Nyakabeto, la loi « liberticide » sur la presse que les partenaires du Burundi rejettent ou regrettent, la fermeture du site et forum Iwacu mais qui reviennent sous complicité des « anonymes » – qu’une information très importante et très conséquente qui a filtrée de la bouche d’ Alexis Sinduhije n’ a pas fait la une des journaux. C’est en effet durant l’émission Kabizi de la RPA de ce Jeudi, 6 juin 2013 que le président du MSD, parti membre de l‘ ADC Ikibiri, a annoncé que l’Alliance des Démocrates pour le Changement présentera un seul candidat présidentiable en 2015. Le lendemain, une page Facebook dénommée « Sinduhije » affichait le message : « Abarundi Bose Babimenye Muri Adc Ikibiri tuzotanga umu candidat umwe muri 2015» (Que tous les burundais soient certains, ADC Ikibiri présentera un seul candidat en 2015).

Depuis un certain temps, des gens se lamentaient que trois ans après, l’ADC Ikibiri passait plus de temps à parler de 2010 au lieu de se focaliser sur le présent et l’avenir (2015), en présentant des solutions aux défis du moment et un projet de société pour un Burundi futur prospère. Les récentes discussions fructueuses facilitées par les Nations Unies commençaient à indiquer dernièrement un regard définitif vers le futur et la déclaration de Mr. Sinduhije tranche clairement que les dés sont jetés pour un 2015 hautement compétitif. Et c’est le peuple Burundais qui gagne.

Depuis que Pierre Nkurunziza a pratiquement annoncée sa candidature à sa deuxième propre succession en 2015 dans une interview à Jeune Afrique, l’annonce de Mr. Sinduhije clarifie d’avantage le panorama des prochaines élections présidentielles. Il  y aura principalement trois blocs : Le CNDD-FDD avec Mr. Nkurunziza comme candidat, l’ADC avec un seul candidat, et je suppose l’UPRONA. Des trois blocs, l’UPRONA est le moins mieux placé pour gagner les présidentielles et pourrait en sortir d’ ailleurs le plus affaibli politiquement (j’y reviendrai). En réalité la compétition sera un duel ADC Ikibiri – CNDD-FDD.
Il y a deux mois, je prédisais une présidence de Mr. Nkurunziza jusqu’ en2020. Comme toujours, les pronostics sont basés sur les conditions et les facteurs détectables au moment de la pronostication. La déclaration de Mr. Sinduhije change la donne et présage une élection présidentielle très compétitive. La campagne pourra être une où les idées et les projets de société priment, aucune voix ne sera pris pour gratuit et la capacité organisationnelle de toutes les forces d’Ikibiri au niveau national et international réunit derrière un(e) seul(e) homme/femme donnera au CNDD-FDD du fil à retordre ; n’en déplaise les Imbonerakure.
En outre, les dissensions internes au CNDD-FDD pourraient faciliter la tâche à la coalition Ikibiri ; certains Bagumyabanga frustrés pourraient soit s’abstenir, soit voter pour le candidat de l’ADC. Les dernières fuites des Abagumyabanga laissent entendre l’existence de plusieurs blocs (des fois régionaux) qui se disputent la candidature présidentielle de 2015. La clique Nkurunziza essaierait d’imposer coûte que coûte leur candidat en violation des Amasazerano (Accords) signés durant le maquis  où les anciens rebelles se sont promis une alternance au sommet de l’Etat une fois la guerre terminée et la première élection gagnée. Selon une source très crédible d’une ambassade hyperpuissante à Bujumbura, Gabriel Ntisezerana, président du Sénat, se positionne comme candidat neutre en tant qu’originaire de Bubanza et cherche activement un support dans les chancelleries de Bujumbura. Mr. Gervais Rufyikiri à son tour n’a pas non plus assouvis ses appétits présidentiels et aurait utilisé son récent voyage à Washington et New York pour faire avancer son agenda. Mais, là ce sont  des informations qui ne sont pas encore du domaine public, du moins officiellement. En tous cas, si tout se confirmait, il y a une forte possibilité que l’ADC en sorte gagnant, si elle présente des solutions alternatives crédibles aux défis burundais en 2015.

Le pari n’est pas pourtant nécessairement gagné d’avance. Une élection compétitive ne garantit absolument pas la victoire de la coalition des démocrates. Mr. Nkurunziza bénéficie toujours de deux atouts non des moindres : finance et logistique (il utilisera les moyens de l’Etat par exemple) et un pouvoir judiciaire qui laisse point de doutes votera avec le président sortant en 2015. Nonobstant, si les finances et le soutient du pouvoir judiciaire suffisaient pour être réélu président à un troisième mandat, Abdoulaye Wade serait président du Sénégal. L’annonce de Mr. Sinduhije nous ouvre la possibilité d’un Macky Sall burundais. Les ténors de l’ADC en ont le calibre.

Revenons sur le cas UPRONA. Depuis un certain temps, ce parti dinosaure de l’histoire contemporaine du Burundi se présente comme un partenaire incontournable dans la gestion du pouvoir à Bujumbura en se positionnant comme garant des intérêts Tutsi et conséquemment héritier de la première vice-présidence (cette institution qui semble par ailleurs être un cadeau empoisonné qui divise les héritiers de Rwagasore). Cependant, un Président de la République Bamvuginyumvira, Kampayano, Nyangoma, Rwasa, Nzomukunda, ou Ngendakumana pourra nommer un premier vice-president Sinduhije ou Nyamoya (qui aura fait campagne avec lui/elle) sans violation aucune de l’article 124 de la Constitution de la République du Burundi qui stipule que :
 « Les Vice-Présidents appartiennent à des groupes ethniques et des partis politiques différents.
Sans préjudice de l’alinéa précédent, il est tenu compte, dans leur nomination du caractère prédominant de leur appartenance ethnique au sein de leurs partis politiques respectifs ».
Si l’ADC gagnait les élections en 2015, pour la toute première fois dans une très longue période, l’UPRONA – qui des fois ne peut dire si il est dans l’opposition ou au gouvernement – sera effectivement un parti politique d’opposition. Peut-être une occasion de se regrouper.


Dans la foulée des unes de l’actualité récentes, les unes plus chaudes que les autres, l’annonce faite par Mr. Sinduhije n’aurait pas reçue l’attention qu’elle mérite. Cette annonce aura sûrement des impacts significats dans les jours, mois, et années à venir. L’ADC pourrait aller même plus  loin et adopter la même stratégie de candidats/listes communs pour les élections législatives ; une stratégie qui, une fois réussit, réanimera la vie et le débat démocratiques au Burundi. Le futur du Burundi comme pays prospère, des libertés, et flambeau de la démocratie en dépend. 

samedi 8 juin 2013

L’ADC Ikibiri présentera un seul candidat aux élections présidentielles de 2015

Alexis Sinduhije l’a dit dans l’émission Kabizi de la RPA du 6 juin. Si ca se concrétise, ce sera la décision la plus sage que l’Alliance Démocrate pour le Changement ait déjà prise. L’adc ikibiri choisira un seul candidat commun pour les élections présidentielles de 2015.

Il faudra donc faire le contraire de ce que fait le CNDD-FDD : l’ouverture. L’ouverture pour faire émerger un candidat le plus consensuel possible qui portera loin la voix de l’opposition.  Et pour être efficace, cette compétition devrait s’ouvrir aux personnalités de la société civile qui voudraient participer à faire émerger le changement. Ce ne sera pas facile, vu que souvent l’ego prime sur l’intérêt publique chez notre classe politique.

Il faudra aussi présenter une politique alternative au CNDD-FDD, produire un projet de société avec des idées et solutions concrètes aux maux dont souffre le pays, auxquelles vont adhérer tous ceux qui participeront à la coalition. Jusqu'à présent, l’ADC Ikibiri n’a été qu’une alliance de contestation. Le projet de société de l’ADC Ikibiri n’existe pas encore, du moins personne ne le connait. On ne gagnera pas une élection sur la seule contestation. Il faut passer de la contestation à la proposition.

Il faudra aussi ne pas focaliser toutes les énergies sur l’élection présidentielle. L’enjeu principal se trouve dans le rééquilibrage des forces politiques : éviter que notre pays redevienne monopartite. Dans cette optique, l’alliance devra se faire même dans les autres élections, surtout législatives et communales pour permettre un grand nombre d’élus de l’opposition.


L’autre erreur qu’il faudra éviter : la politique de la chaise vide. Le boycott des élections en 2010 n’a rien réglé, il n’a fait qu’empirer les choses et permettre au CNDD-FDD de réaliser son rêve de régner en solitaire. Il ne faut pas que cela se reproduise. 

jeudi 6 juin 2013

Maintenant que la loi décriée sur la presse a été promulguée, que faire?

Beaucoup ont dénoncé cette loi « anti-presse » ou «liberticide », je ne vais pas en rajouter. La meilleure façon de résister contre une loi  qui vise à museler la presse est de garder sa liberté. Comme on dit, la liberté s’arrache. Et la liberté se vit. Les journalistes doivent continuer à informer, à dire au monde ce qu’ils croient être la vérité, conformément à la déontologie de leur métier.  Je ne sais pas si je suis journaliste mais je me sens lié d’une manière ou d’une autre à ce milieu, à ces hommes et ces femmes qui travaillent sur l’information et que l’événement ne laisse pas indifférent. Je continuerai à écrire ce que je crois valoir la peine d’être lu.
Ce qui sauvera les journalistes contre les abus que cette loi annonce, c’est la solidarité.  Qu’ils continuent à se serrer les coudes comme ils le font déjà aussi bien. Comme ils l’ont fait avec Ruvakuki, Kiramvu, et tous les autres. La solidarité triomphera sur l’injustice.

mercredi 5 juin 2013

Les jeunes ont-ils instrumentalisé l’affaire Nyakabeto ?

C’est ce que pense Damien Roulette :
Ce mardi 28 mai, une fois la surprise de la présence policière passée, la population s’est rassemblée aux abords de la maison ciblée. Des jeunes venus d’autres quartiers se sont joints à la foule. Des pierres ont été jetées sur les forces de l’ordre qui ont répondu par des lancers de gaz lacrymogènes et par des tirs de balles à blanc en l’air. Quelques arrestations ont eu lieu et la famille Nyakabeto est finalement délogée.
L’événement serait passé inaperçu si ces quelques jeunes venus d’autres quartiers n’avaient entonné des chants à caractère ethnique. Cela aurait été banal si l’expropriation d’un vieux monsieur tutsi au profit d’une famille hutu n’avait pas été instrumentalisée par des jeunes n’ayant pas connu les massacres de 1972. Cela aurait pu être un simple fait divers si ces quelques jeunes n’avaient pas investi le marché de Ngagara pour intimer l’ordre aux commerçants de fermer leurs échoppes.
« J’ai l’impression de revoir des événements de ’94-‘95 » dit un journaliste de l’hebdomadaire Iwacu. A cette époque, des opérations « ville morte » étaient menées par des milices nommées les « Sans défaite » ou les « Sans échec », obligeant les boutiquiers à fermer leurs portes et les citoyens à rester chez eux. Une balkanisation de la capitale s’était mise en place.
De sa part, le FOCODE, tout en dénonçant l’usage de la force dans l’expulsion de la famille Nyakabeto,   « Demande à la jeunesse burundaise d’éviter de tomber dans le piège du discours ethnique que lui tendent certains politiciens qui veulent camoufler leur incapacité à répondre aux défis du moment ».
Si le fonctionnement de la CNTB est discutable ici et la, le comportement des jeunes évoquant le bain de sang,  jetant des pierres aux policiers et scandant des chants de guerre est aussi condamnable.