mercredi 16 septembre 2015

Communiqué de presse : je rends une dette ce soir



J’ai été presqu’amusé en lisant l’article d’Iwacu, où le président du Conseil National de la Communication remettait un appareil photo confisqué par un policier de la garde présidentielle il y a un mois. Surtout quand j’ai lu ça :

 « Le président du CNC a remercié le commandant de l’API (Appui à la protection des institutions), Alexandre Muyenge, qui a vite compris que ce matériel de travail devait être restitué ».

Est-ce vraiment un exploit quand le chef de la protection des institutions décide de restituer un appareil photo à un journaliste qui ne faisait que son travail après un mois de confiscation ?

Devons-nous « de la reconnaissance à ce serviteur parce qu’il a fait ce qu’il devait faire » ? (Luc 17, 9).
Pour moi, les protecteurs des institutions sont des serviteurs du peuple, comme leurs patrons. Ce serviteur n’a fait que son travail. Il aurait d’ailleurs mieux fait son travail s’il n’avait pas attendu tout un mois. Il aurait mieux fait son travail, s’il s’était engagé à interdire ses hommes de confisquer les outils des journalistes qui ne font que leur boulot.

Qu’à cela ne tienne ! Quand un geste aussi anodin fait l’objet d’un article dans les colonnes d'un grand hebdo de la capitale, moi aussi je dois en profiter. D’où ce communiqué de presse : je dois une petite somme d’argent à  un ami, que je vais remettre ce soir.  J’invite les médias à venir couvrir ce grand événement. Et j’attends de lire mon histoire dans l’édition du vendredi.

samedi 29 août 2015

Je suis intelligent, donc je fuis



Le Burundi continue de faire parler de lui, cette fois pour son record dans la fuite des cerveaux.
« Le Burundi est le pays africain le plus incapable de garder ses gens les plus talentueux, 
la plupart partant chercher les opportunités ailleurs ».
 C’est ce qu’on lit sur le site mgafrica.com, qui rapporte un classement du Global 
Competitiveness Report 2014-2015.
 Ceci explique sans doute pourquoi le Burundi est l’un des pays les plus pauvres du monde.
 Ou alors c’est l’inverse, le mystère de la poule et de l’œuf. 
L’instabilité chronique y est aussi pour grand chose. Un de ces derniers jours, le chanteur
 Mkombozi était l’invité de la Voix de l’Amérique. De son exil, il dit à peu près ceci : 
« J’ai 27 ans. Ce qui me révolte, c’est qu’aucun Burundais n’a pu atteindre 27 ans sans
 qu’il y ait une guerre ». 
Dans ces conditions, les meilleurs d’entre nous continueront de fuir.

jeudi 20 août 2015

La guerre froide dans la cité



Mon billet du 8 juin, Eviter la guerre, vient d’être republié par Waza Afrique. J’y proposais de tout faire pour éviter que le Burundi retombe dans une nouvelle guerre.
Cet article a été publié quelques jours avant les premières élections. Les manifestations contre le troisième mandat étaient en train de s’essouffler. Les politiciens de l’opposition hésitaient. Tout le monde savait que les manifestations ne pouvaient pas continuer longtemps, la plupart de leurs organisateurs étant partis en exil, d’autres en prison. Personne ne savait quoi faire. Deux options se dessiner à l’horizon : les élections ou la lutte armée. 

Évidemment, je ne croyais pas, et je ne crois toujours pas aux bienfaits des armes. Donc je proposais les élections. Même si elles étaient mal organisées, avec une Commission électorale loin d’être consensuelle, je me disais que la voie des urnes était le moindre mal.
L’article a suscité un grand débat, avec des réactions poignantes notamment de Ketty Nivyabandi, Maitre Cyriaque Nibitegeka ou encore Angelo Arakaza, qui tous étaient en désaccord avec moi. Pour eux, aller aux élections signifiait légitimer le troisième mandat.  

Qu’est-ce que nous avons eu en fin de compte ? 

Les deux. De mauvaises élections, et une lutte armée de nuit dans les quartiers contestataires.
On a eu aussi des attaques ciblées, « chirurgicales » contre des personnalités civiles, politiques ou militaires influentes : le Général Adolphe Nshimirimana, l’ancien chef d’État Major Jean Bikomagu (l’Adolphe tutsi du milieu des années 90 comme on dit), le défenseur des droits de l’homme Pierre Claver Mbonimpa qui, lui, Dieu merci, a survécu, pour ne citer que quelques cas. D’autres innombrables anonymes sont assassinés chaque jour, des militants des partis d’opposition pour la plupart, mais aussi des membres du parti au pouvoir.

Aujourd’hui, c’est la peur dans tous les camps. Si un homme aussi puissant que le Général Adolphe a pu être assassiné en plein jour, n’importe qui d’autre, aussi puissant soit-il, peut subir le même sort, qu’il soit au pouvoir ou dans l’opposition. On sait que le serpent qui a peur, a tendance à attaquer le premier.
Chaque fois qu’il y a une personnalité ou un militant assassiné, je suis sûr que tout le monde se demande : qui est le suivant ? Et chacun craint qu’il soit le suivant, tout en espérant qu’il ne le sera pas.
Ce pays est en train de mourir, mais nous savons qu’il ressuscitera un jour. Ce que nous ignorons, c’est que nous serons encore vivants quand il ressuscitera.
Nous avons déjà passé par là. Nous avons passé par une guerre sanglante pendant plus d’une décennie, mais tous n’en sont pas morts. Ce qui ne veut pas dire que la situation que nous traversons aujourd’hui est normale. Elle ne l’est pas, et tous ceux qui le peuvent doivent nous aider de sortir de ce mouroir. Et notre salut dépendra surtout du leadership politique de tous les bords.
Si tous comprenaient que la guerre n’est pas une solution, on pourra retrouver la paix, et le plus vite sera le mieux.

Nous n’aurons pas de paix si ceux qui ont fui le pays ne sentent pas que le Burundi est en sécurité pour qu’ils reviennent. Et ils ne reviendront pas si ceux qui sont dans le pays continuent d’être persécutés, assassinés ou emprisonnés. Et souvenons-nous de notre histoire récente : chaque fois qu’il y a eu des flux de centaines de milliers de réfugiés dans les pays voisins, il y a toujours eu une rébellion armée à  partir d’un pays voisin. Il ne faut pas croire que cette fois-ci sera une exception.
Il n’y aura pas de paix s’il n’y a pas de liberté d’expression dans notre pays. Il faut impérativement que les radios qui ont été détruits, Isanganiro, Bonesha, RPA, Rema Fm, il faut que tous ces radios soient permis de travailler et de donner la parole aux citoyens. Sinon, une partie importante de la population se sentira étouffée, et tentera de se « libérer » par des moyens que nous ne pouvons pas prévoir.
Enfin, nous n’aurons pas de paix si les prisonniers politiques ne sont pas libérés. Tous ces milliers de jeunes gens qui ont été arrêtés dans les manifestations sont des prisonniers politiques. 

mardi 18 août 2015

La chasse aux Rwandais?



Hier, je devais me rendre au centre-ville pour une affaire importante dans l’après-midi. Mais alors, des infos ont circulé sur whatsapp disant que la police était en train d’arrêter des gens qui n’avaient pas de carte d’identité. Je ne m’inquiétais pas pour ça. J’ai une carte d’identité.  Après, il s’est avéré que la police embarquait même ceux qui avaient des cartes d’identité. Alors j’ai renoncé à me rendre en ville, pour question de précaution. 

Le soir en écoutant la Voix de l’Amérique, la seule radio que j’écoute ces temps-ci, j’ai pu comprendre que les gens visés par ces « rafles » étaient surtout les Rwandais, qu’on aurait commencé à arrêter la semaine passée.
Pourquoi alors les Rwandais ? La police n’a pas encore fournit d’explications. Elle se contente de donner des réponses génériques du genre : « ce sont des opérations de routine». 

Mais vue la situation du moment, on ne peut pas se contenter de telles réponses. On sait que la plupart des opposants au troisième mandat ont trouvé refuge au Rwanda, ce qui ne facilite pas les relations entre les deux gouvernements. On sait aussi que le gouvernement du Burundi soupçonne une rébellion en gestation qui aurait sa base arrière au Rwanda. 

Alors, ce ciblage des Rwandais, serait-ce un « message » de Nkurunziza à Kagame ? Un message du genre : « si vous ne cessez pas de soutenir mes opposants, nous rendrons la vie dure aux Rwandais d’ici » ?

mercredi 27 mai 2015

La France a-t-elle lâché Nkurunziza ?



Alors que d’autres principaux grands partenaires du Burundi (Etats-Unis, Belgique, Pays-Bas…) s’étaient exprimés publiquement depuis le début contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza, la France était restée bouche cousue. 

Quand la Belgique et les Pays-Bas ont décidé de poser des actes concrètes  en cas de troisième mandat, la France est encore une fois restée bouche cousue. 

Visiblement, la France avait préféré jouer la carte de la neutralité. Or, « la neutralité, c’est nul », disait un soldat français dans un film sur l’Opération turquoise au Rwanda. Surtout  quand il y a mort d’hommes, quand la question qui se pose est de savoir s’il faut continuer à soutenir ou pas un gouvernement qui tue ses propres citoyens.

Je me suis donc dit que c’était la rumeur qui se confirmait. En effet, jusqu’à présent, il se disait que la France est le principal soutien de Pierre Nkurunziza.  Il se disait même que, s’il ne bénéficiait pas du soutien de la France, Nkurunziza ne s’obstinerait pas autant à poursuivre ce foutu troisieme mandat qui vient détruire les fondations de notre démocratie.

Pour une fois, elle a décidé de suivre la danse et de suspendre sa coopération sécuritaire.
En réalité, je n’aimerais pas être à leur place en ce moment, ces pays qui soutiennent financièrement et techniquement nos forces de sécurité. Nous avons l’impression que tout ce que sait notre police, c’est tirer a balles réelles sur des manifestants pacifiques, et je me dis que ce ne sont pas les conseillers techniques de la France, de la Belgique ou de la Hollande qui lui a enseigné ça, puisque ces pays ne tirent pas sur leurs propres citoyens quand ils manifestent.
C’est donc une bonne nouvelle que la France se décide enfin à se désolidariser des abus de Nkurunziza. Pas seulement par des discours, mais en faisait quelque chose.
 Vaut mieux tard que jamais.

lundi 11 mai 2015

Ce blog vous a manqué? Moi aussi

Je sais que ce blog avait manqué aux inconditionnels du Burundi Nouveau.
C’était pour des raisons indépendantes de ma volonté. Comme vous le savez, la connexion internet peut être un casse-tête a Bujumbura. Il m'arrive de passer plusieurs jours sans accès à internet.
Et puis, j'avais perdu le mot de passe pour accéder à ce blog.  Avec la pression des événements des derniers jours, j'ai tourné et retourné la tête. Je l'ai retrouvé.

Maintenant, il y a ces manifestations, et ces élections. Vous et moi, nous avons tous beaucoup de choses à dire.. Nous partagerons mots,  réflexions,  indignations et coups de gueule.Il y aura aussi des silences. 
J'attends impatiemment vos commentaires, vos critiques, vous objections et suggestions.
Comme nous aimons le répéter: du choc des idées jaillit la lumière.
C'est reparti.