lundi 12 septembre 2016

Au CNDD-FDD, la force prime sur la raison



L’article de Gervais Rufyikiri est le meilleur que j’ai lu sur l’histoire du CNDD-FDD. Je le recommande à toute personne qui aime le Burundi et que la politique burundaise intéresse. Je demanderai même à mes amis profs d’histoire et de science politique d’en faire une lecture obligatoire à leurs étudiants.
Pourquoi est-il si important ? Parce que l’ancien deuxième vice-président de la République connait bien son parti qui domine la vie politique burundaise depuis déjà plus de 10 ans. Il en connait les déboires qu’il dénonce sans mâcher.  La violence avec laquelle les opposants contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza ont été réprimés depuis plus d’une année n’est pas le fait d’un retournement ou d’un coup de tête, mais une violence systématique ancrée dans son idéologie visant le contrôle « total » du pays.

Un système foncièrement antidémocratique
Le système DD, comme on l’appelle,  est un ensemble de principes hérités de la période de rébellion et basés su la violence. Rufyikiri écrit :
Pendant la période de rébellion, lorsque les dirigeants donnaient des ordres, personne n'était autorisé à poser des questions comme «pourquoi» qui pourraient nuancer l'ordre ou contester l'ambition du chef. Seules les questions demandant des éclaircissements tels que «où» et «quand» étaient autorisés ».
Rufyikiri cite d’autres principes prédisposant et légitimant la violence comme “d’abord, exécute l’ordre et pose des questions après” ou “ Un chef non qualifié peut imposer son autorité sur les membres qualifiés en utilisant le fouet, et il peut éliminer physiquement ceux qui refusent de se soumettre ».

Ces principes sortis tout droit de la jungle sont peut-être un mal nécessaire dans la rébellion. Le drame, c’est que, au lieu de les abandonner quand il a quitté le maquis, le CNDD-FDD a continué à les pratiquer après sa victoire en 2005.
Les implications de ce « système » basé sur la violence, est qu’il ne permet pas le débat, ni à l’intérieur du parti, ni dans ses relations avec les autres acteurs de la vie nationale et qu’il est contre les droits de l’homme. Et comme nous le savons, le débat et le respect des droits des individus sont le socle d’un pays démocratique.
 A l’intérieur du parti, le système  invite les militants à accepter sans discuter les décisions venues d’en haut, sinon ils doivent s’attendre aux représailles. C’est ainsi, par exemple, que ceux qui se sont prononcés contre le troisième mandat, y compris Gervais Rufyikiri lui-même, ont été limogés de leurs postes, effacés du parti et condamnés à l’exil, au lieu d’ouvrir le débat sur la question.
 Dans ses relations avec les autres forces du pays, le système prône la confrontation, la brutalité  au lieu du dialogue. Les militants de partis d’opposition sont malmenés sur terrain, d’autres tués. C’est un système foncièrement antidémocratique, contraire à l’esprit de l’Accord d’Arusha.

Les intellectuels ne sont pas les bienvenus
Gervais Rufyikiri souligne que dans son ancien parti, les intellectuels ne sont pas du tout « acceptés », mais ils sont « tolérés » parce que le parti a besoin d’eux pour certaines missions ou certains postes. On comprend vite pourquoi. Un intellectuel est une personne pensante. Or, il est inutile de ‘raisonner » au CNDD-FDD car les idées qui ne viennent pas des chefs  n’ont pas de place.

Ici, Gervais Rufyikiri parle d’une expérience personnelle caché derrière son analyse. Tout le monde sait qu’il était marginalisé dans le parti, même s’il a occupé de hautes fonctions. Le pouvoir avait besoin de sa bonne réputation pour négocier le déblocage de l’aide avec les donneurs internationaux. Un homme de dialogue, il bénéficiait même d’un grand respect chez l’opposition, qui aurait même voté pour lui si son parti l’avait présenté comme successeur de Pierre Nkurunziza.

Malheureusement, le parti était et est toujours contrôlé par des Généraux issus de la rébellion, qui se méfient de cet intellectuel conciliant, qui risquait de trop donner de l’espace à l’opposition. Au lieu de cela, pour boucler la boucle, le Parti qui s’est progressivement constitué en parti parti-Etat, vient d’introniser un General. Histoire de serrer de plus en plus la militarisation du régime.

Après avoir lu les critiques par ailleurs très fondées de son parti ouvertement totalitaire, j’ai envie de demander à Gervais Rufyikiri : pourquoi as-tu servi ce « système » pourri pendant 10 ans ? 

1 commentaire:

  1. Belle fin en effet! Pourquoi a-t- il servi un pouvoir aussi pourri pendant 10 ans??? *Et monsieur l'auteur de cet article, tu devrais aussi te demander à toi même si les "analyses" de cet hommes sont réellement fiables...A mon humble avis, il se dédouane pour se faire une place dans ce petit monde qui l'a accueilli et accepté comme opposant politique...il avait des ambitions! il voulait se faire élire comme président de la République. Quand il passait dans certaines écoles, il posait la question aux élèves de savoir s'ils l'ont reconnus, et il leur laissait de l'argent, du "fanta"...C'était fin 2014. Qu'est ce que cela signifiait??? Salut mon frère Jean Marie NTAHIMPERA.

    RépondreSupprimer